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Un appétit d’ogre #1

20 Août

Dégustation de canibaleUN APPETIT D’OGRE, feuilleton d’un végétarien carnivore

Ecrite à Koné en juin-juillet 2OO8, la nouvelle « Un appétit d’ogre » a été conçue comme un feuilleton. Je vous invite à la déguster par petites bouchées, un épisode tous les quinze jours.

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#1 – Le végétarien

A Fidji, il n’avait presque rien mangé. C’est pourquoi, il en revint amaigri et passablement affaibli.

Tout petit déjà, la viande lui faisait horreur. Nul doute que le fait de voir, pendant toute son enfance puis son adolescence, son père manipuler, transporter, désosser, trancher ou barder cette matière souvent grasse mais toujours flasque et sanguinolente, ait lourdement pesé dans cette aversion monstrueuse.

Auguste Lécorcheur, boucher-charcutier reconnu et respecté de la Vallée des Colons, à Nouméa, s’était désespéré de voir son unique rejeton mâle, hoquetant de dégoût à chaque fois, se refuser de prendre un jour sa succession ! Magnanime, à ce traitre à la cause carnée comme à sa famille, le brave boucher s’était saigné aux quatre veines et lui avait financé de coûteuses études d’histoire. Par reconnaissance à sa tripe familiale et en signe de bonne volonté cependant, le fils prodige avait entamé une thèse sur le sujet «  Du cannibalisme à la boucherie en Nouvelle-calédonie ».

Pas plus que la viande fidjienne, le poisson n’avait trouvé grâce à ses yeux. Jules détestait l’odeur et encore plus le goût de la friture et son intestin, fragile et délicat, ne supportait absolument pas les épices, si parfumées et légères soient-elles. Ce n’était donc pas avec les curry et autres fish and chips qu’il avait pu se sustenter.

Heureusement pour lui, les fruits, certes plus ou moins matures mais délicatement sucrés et quelques légumes passés à la vapeur ou à l’eau bouillante, associés à des œufs brouillés, sur le plat ou en omelette, avaient réussi à le maintenir en vie ! Pas étonnant donc que ce végétarien convaincu ait quotidiennement arpenté avec un ravissement quasi mystique, les allées couvertes du marché aux fruits et légumes de Suva. C’est avec délice qu’il admirait, soupesait, mirait, tâtait ou humait cette nourriture salvatrice !

La veille de son retour à Nouméa, l’étudiant fidjien qui l’hébergeait, lui avait conseillé d’aller faire un tour au poussiéreux mais intéressant musée de la capitale ; ce fut là que sa vie changea de cours.

La suite : L’eau à la bouche

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Publié par le 20 août 2011 dans Textes

 

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